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L’âge de pierre : le temps des cathédrales mécaniques

Tout commence en 1973. À cette époque, l’informatique n’a rien de personnel ni de portable. C’est le règne des grands systèmes, et c’est sur du matériel Honeywell Bull que je fais mes premiers pas. Point d’écran tactile ni de souris : le quotidien est rythmé par le claquement des unités de saisie et des trieuses de cartes perforées. Chaque ligne de code, chaque donnée, est physiquement gravée dans le carton. Une seule erreur de manipulation, et c’est tout un lot qu’il faut retrier ou rééditer.

Pourtant, les prémices d’une informatique plus compacte pointent déjà le bout de leur nez. Avant même que les premiers micro-ordinateurs ne s’invitent dans les foyers, je découvre l’Olivetti Programma 101. Cette machine italienne mythique, véritable chef-d’œuvre d’ingénierie sorti à la fin des années 1960, préfigure déjà ce que sera l’ordinateur de bureau : programmable, autonome et (relativement) compact.


L’explosion de la micro-informatique de gestion

Le véritable tournant s’opère au début des années 1980. En tant que Responsable Administratif et Financier au sein d’un groupe automobile, je vois arriver les vagues successives qui vont transformer le monde de l’entreprise.

Nous sommes en 1982-1983. IBM révolutionne les bureaux avec le lancement de l’IBM PC, rapidement suivi du PC XT. Pour la première fois, la puissance de calcul s’installe directement sur le bureau du gestionnaire. Fini la dépendance absolue aux centres de calcul partagés : la comptabilité et la gestion financière entrent dans l’ère de l’instantanéité.

Mais la croissance des entreprises exige des structures centralisées robustes. Au sein du groupe automobile, j’accompagne la transition vers l’IBM Système/36, une architecture moyen système plébiscitée pour sa fiabilité. Quelques années plus tard, ces environnements seront émulés et absorbés par la célèbre puissance des serveurs AS/400 d’IBM. Enfin, à l’aube des années 1990 et 2000, c’est une nouvelle architecture qui prend le relais : les unités RISC System/6000 (RS/6000), faisant basculer nos outils de gestion sous le système d’exploitation UNIX, réputé pour sa robustesse et sa gestion du réseau.

Le choix de la liberté : l’engagement pour le logiciel libre

Notre génération aura ainsi traversé ce que l’on peut qualifier "d’âge de pierre" de l’informatique pour être projetée à l’ère hyper-connectée des smartphones. Mais cette formidable démocratisation a un coût caché : la centralisation des données par une poignée de géants technologiques (les GAFAM) et la perte progressive de notre souveraineté numérique.

Face à ces écosystèmes propriétaires fermés, j’ai fait le choix de la cohérence et de la dissidence numérique. Refusant la surveillance généralisée et le verrouillage d’Apple ou de Google, j’ai reconstruit mon environnement quotidien autour de solutions éthiques, ouvertes et respectueuses de la vie privée.

Aujourd’hui, mon autonomie numérique repose sur un écosystème solide et performant :

  1. Système d’exploitation : Ubuntu (Linux) et Linux-Mint pour mon ordinateur portable, un modèle de stabilité qui redonne à l’utilisateur le plein contrôle de sa machine.

  2. Navigation Web : Firefox et Vivaldi, pour explorer le réseau sans être pisté à chaque clic.

  3. Bureautique : LibreOffice, qui remplace avantageusement et gratuitement les suites bureautiques dans le cloud des géants du net, garantissant que mes documents restent locaux et privés.

  4. Confidentialité & Cloud : La suite Proton (Mail, Drive, VPN, Agenda, Mots de passe), une alternative suisse chiffrée de bout en bout, indispensable un citoyen soucieux du secret de ses correspondances.

  5. Prise de notes : Notesnook, pour consigner mes idées en toute sécurité.

  6. Photographie : Darktable, un laboratoire numérique open source exceptionnel pour développer mes fichiers bruts et gérer mon flux de travail photographique.

Le résultat de cette transition ? Un système performant, sécurisé, aligné avec des valeurs de partage et de transparence. Cinquante ans après mes premières cartes perforées, le constat est sans appel : la liberté numérique n’a jamais été aussi accessible... et tout va bien !